Aphorismes

Dans les airs il y a trois sortes de passagers : ceux qui n’ont pas confiance dans les machines, ceux qui n’ont pas confiance dans les êtres humains et ceux qui n’ont pas confiance dans la métaphysique.

*

Tout le monde chute. Chez certains seuls persiste la grandeur.

*

S’éloigner c’est saisir. S’approcher, comprendre. Pénétrer : adhérer.

*

L’ami que tu as perdu est le juge le plus implacable de ta conscience.

*

Un père et une mère sont une dette qui nous rend riches.

*

Il est des bergers sanguinaires comme des loups.

*

Traverser un désert est un exercice spirituel, gravir un sommet un exercice passionnel, se perdre dans une forêt un exercice d’introspection.

*

Quel poète prononce le mot politique sans rougir ? Quel politique le mot poésie ? Ecrire : travailler la rougeur.

*

La bonne littérature se gare aux endroits interdits, la mauvaise critique sur les places pour handicapés.

*

Les poètes accordent beaucoup d’importance à la poésie, les médecins à la médecine, les aphoristes à leur nez.

*

L’art joue au tennis avec la foi.

*

Deux formes spéculaires d’infantilisme : le politiquement correct et la foi en la provocation comme fondement de l’intelligence.

*

Une longue convalescence engendre des romanciers. La proximité d’une catastrophe, des poètes. De quel trou sortent les aphoristes ?

*

Seule la jeunesse est suffisamment audacieuse pour écrire des aphorismes, seule la vieillesse est suffisamment sage. Les aphorismes sont un genre impossible.

*

Les certitudes miaulent comme des chatons dans un sac. Jetons-les à la rivière.

*

Tous les rats meurent. Cette aphoriste mourra. Donc cette aphoriste est un rat.

Lenguaraz (Pre-Textos, 2011)

Traduction Adélaïde de Chatellus,
avec les étudiants de Master 1 de l’Université Paris IV